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PICNIC 2010 : Les résultats de l’atelier “données publiques ouvertes”

L’atelier sur les “données publiques ouvertes” de PICNIC, qui faisait suite à la conférence du matin, était particulièrement riche. Une trentaine de participants d’une bonne demie-douzaine de pays européens ont réfléchi ensemble - et démontré, chemin faisant, l’émergence d’une communauté de pensée et d’action à l’échelle européenne.

On en trouve les rapports sur ce wiki.

Merci à Frank Kresin, de la Waag Society, d’avoir organisé cette journée !

Feb
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Lift09 : Anne Galloway, la ville du futur pensée comme un cadeau (empoisonné) ?

Ann Galloway est une sociologue et anthropologue qui s’intéresse aux relations entre les pratiques matérielles, spatiales et culturelles, pour explorer de manière critique le design et la technoscience.

Nos attentes, espoirs, espérances guident dans une large mesure nos activités ; ils attirent un intérêt et des investissements ; ils mobilisent des ressources, tissent des partenariats, déclenchent des programmes de recherche ; ils définissent des rôles et des devoirs ; ils organisent des projets cheminements professionnels… Donc nos attentes vis-à-vis du futur définissent nos actions immédiates - mais comment ?

S’agissant de la ville du futur, de quoi parle-t-on ? De villes hybrides, temps réel, sensibles, lecture-écriture, mobiles, adaptatives… etc. Tous ces mots expriment des attentes, des angles de vue, des choix de ce à quoi on va ou ne va pas s’intéresser. Avec, entre autres, le risque assez fort d’ignorer ceux qui vivront dans ces villes. Ou plutôt, de leur offrir ces villes, avec les meilleures intentions du monde, mais sans trop vouloir savoir s’ils en veulent…

Ann Galloway propose alors de partir du point de vue suivant : “et si l’on imaginait la ville du futur comme un cadeau que l’on voudrait faire aux gens ?” - mais en pensant de manière complète à ce qu’implique le fait de penser, d’offrir, de recevoir un cadeau.
L’idée de “cadeau” est puissante, elle exprime non pas seulement un amour, mais aussi un lien. Mais, c’est aussi une tension, car il doit être reçu. Quelle est la relation entre le donneur et le bénéficiaire du cadeau ? Ont-ils relation préalable ? Amicale, professionnelle, institutionnelle ? On attend des cadeaux différents de personnes différentes : il peut y avoir des cadeaux totalement inadéquats. Comment peut-on imaginer la réception du cadeau ? Comment sait-on si le cadeau a été apprécié ou non, ce que le bénéficiaire en fait ? Que fait-on si on sait que le cadeau n’a pas été apprécié ? S’il a été apprécié mais utilisé d’une manière que celui qui l’a offert considère tout à fait inappropriée ?

Retour à la ville : qu’entraînerait le fait de savoir ce que signifie d’offrir une nouvelle ville à un habitant donné ? De considérer que ce cadeau est un processus d’échange ?
Nous avons ces villes qui peuvent produire toutes ces masses d’information, dont on peut faire des choses magnifiques - comme ce qu’ont montré Carlo Ratti et Dan Hill. Mais… et après ? Que peut-on en faire ?

Anne Galloway propose à titre d’exemple les projets qui visent à permettre aux citoyens de participer plus activement à la vie de leur ville. Les technologies de capture d’informations permettent aux citoyens de cartographier leur environnement. On supose que les citoyens vont utiliser ces données pour agir sur le plan politique.

Cela paraît à l’évidence positif. Mais il y a beaucoup d’hypothèses derrière de tels projets.
Première hypothèse : celle que les gens veulent participer à la collecte de données. Ce n’est absolument pas le cas de tout le monde.
Seconde hypothèse : les gens sauront lire ces données. Or ceux qui veulent, ou veulent bien, participer à la collecte, peuvent ne pas avoir la moindre idée sur ce qu’ils pourraient en faire, ou ne savent pas comment utiliser les informations. Ils n’ont pas nécessairement la capacité de produire du sens à partir de ces données.
Ces deux hypothèses réduisent nettement le public concerné. L’effet peut être très positif, mais si l’on accepte qu’il ne concerne que des micro-communautés, que des communautés actives. On ne résout pas globalement les problèmes urbains de cette manière ; mais en fait, il n’y a plus de manière de les résoudre globalement.

Le cadeau peut aussi avoir des conséquences négatives, à côté des positives. D’une part, quand la citoyenneté active requiert l’accès aux technologies, ceux qui n’y ont pas accès deviennent de fait des non-citoyens.

D’autre part, quand les données scientifiques sont les informations les plus appropriées qu’un citoyen puisse collecter, l’action politique repose sur la conformité aux structures existantes de connaissance et de pouvoir. Les capteurs capturent des données définies à  l’avance, considérées comme appropriées par ceux qui savent, qui ont conçu, produit, choisi les capteurs. Il y a aussi l’hypothèse sous-jacente, selon laquelle les mesures objectives comptent plus que la subjectivité. Ce n’est pas une mauvaise hypothèse : mais c’est un choix.

Extrait de la conclusion d’un article sur le même thème, “L’émergence du citoyen-capteur” : “Je crois qu’il faut encourager les chercheurs, les artistes et les citoyens à expérimenter de nouvelles manières d’utiliser les technologies mobiles, et d’explorer de nouvelles formes d’action politique. Le besoin urgent d’un militantisme environnementaliste lié à l’impact du réchauffement climatique ouvre en lui-même un espace productif à de telles interventions critiques. Mais je crois également que nous devons en même temps analyser les limites et les biais de ces actions. Je crois en effet que nous ne pourrons produire des transformations profondes et durables qu’en dépassant - ou en contournant - ces limitations.”

La construction d’une ville nouvelle doit donc être un échange entre deux questions : quelle ville voulons-nous offrir ? quelle ville espérons-nous recevoir ?

Nov
7th
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Paris la nuit

Intéressante intervention de Véronique Jeannin, directrice du Bureau des temps de Paris lors du séminaire “Les villes la nuit” organisé par Luc Gwiazdzinski avec la Délégation interministérielle à la ville, le 7 novembre 2008.

Ce qui frappe d’abord quand on observe la nuit, c’est la remise en cause des frontières entre le jour et la nuit. On assiste à un décalage des horaires de travail vers le soir, favorisé entre autres par l’internet, qui réorganise beaucoup d’activités comme les courses.
Une sensibilité à la vie nocturne émerge, avec des traductions en matière de transports et de services. Comment peut-on trouver un équilibre entre une vie nocturne et la préservation de la tranquillité de la ville, avec des problèmes tels que le bruit, la sécurité, etc.
Il faut d’une part améliorer la connaissance de la ville la nuit et coordonner les acteurs.

Deux études ont été menées. Elles ont suggéré certaines réflexions.

  • Il y a plusieurs temps de la nuit. Le début de la nuit ou la fin du jour renvoie à des questions pratiques, tandis que le cœur de la nuit pose des problèmes de solitude, d’errance, de fracture sociale.
  • La nuit est aussi considérée comme dernier espace de sociabilité en ville, en contrepoint du jour. Il y a moins de contraintes, un temps plus fluide, y compris pour ceux qui travaillent la nuit et l’ont choisi. Mais à côté, il y a la nuit des marges, ignorée des autres et qui ignore les autres. On n’a toujours pas de vraie réponse 24/24 à la situation des SDF.


Mais une cartographie de Paris la nuit produite par l’APUR isole en fait cinq temps :

  • Le créneau 19-22h est à investir, notamment par le service public. C’est celui de la nuit des loisirs. Des nocturnes apparaissent, des spectacles commencent aussi plus tôt. La frontière est floue entre le jour et cette nuit.
  • A partir de 22h jusqu’à 0h30, la ville reste animée avec des pôles festifs assez localisés, des transports qui fonctionnent et des fonctions de garde actives. Des activités multiples cohabitent, générant aussi des conflits d’usage : problèmes de bruit, d’encombrement, de stationnement… On tente d’y répondre par exemple avec des chartes de la rue, mais aussi en permettant aux résidents de stationner sur les aires de livraison à partir de cette heure-là.
  • De 0h30 à 2h la vie nocturne ralentit, le métro commence à fermer. Restent des fonctions de garde et de maintenance. Le problème de la mobilité commence à se poser.
  • De 2h à 5h, c’est l’état de veille. Des problèmes de mobilité, mais qui concernent de moins en moins d’usagers.
  • De 5h à 7h c’est la ville logistique, la collecte des déchets, le nettoyage des bureaux… avec des problèmes de bruit et celui des personnels à horaire décalés, notamment en matière de mobilité. La ville travaille par exemple à retarder un peu le démarrage de la journée de certains éboueurs et à recaler les horaires de certains personnels de nettoyage.


Une seconde étude auprès des salariés et des sortants a produit d’autres constats :

  • Dans beaucoup de professions, le travail de nuit est un véritable choix.
  • L’emploi de nuit concerne 36% des emplois et 45% des actifs, qui travaillent occasionnellement ou régulièrement de nuit.
  • Pourtant les spécificités du travail de nuit ne sont guère pensées. L’aménagement des conditions de travail est laissé aux initiatives des équipes de nuit elles-mêmes.
  • Les établissements de nuit ont du mal à faire reconnaître leur statut d’entrepreneur et de créateur d’emploi. D’autant que les instances représentatives se sentent peu concernées par le travail de nuit, ne serait-ce que parce que les salariés de nuit sont peu présents dans leurs instances…
  • Les emplois supérieurs sont surreprésentes la nuit à Paris, mais cela cache l’importance des banlieusards dans les emplois de nuit peu qualifiés, qui sont ceux qui auront le plus de mal à concilier leurs vies professionnelle et familiale. Très peu de femmes travaillent au cœur de la nuit et celles qui le font sont le plus souvent célibataires et sans enfants.
  • Le travail de nuit est en principe plus rémunérateur, mais souvent plus précaire. Plus on avance dans la nuit, plus les emplois sont précaires. Dans les petites entreprises et bien sûr le spectacle, les horaires sont souvent dépassés et on constate une érosion des compensations temporelles ou matérielles. Les salariés constatent une dégradation des conditions de travail la nuit.


Parmi les solutions, des partenaires sociaux travaillent sur les horaires décalés et leur prise en compte dans la gestion des horaires professionnels. En termes de services :

  • S’agissant des gardes d’enfant, les crèches hospitalières ouvrent plus tôt et ferment plus tard et commencent à réserver des places aux habitants et non seulement aux salariés des hôpitaux. Un service de garde-relais à domicile est expérimenté en direction des salariés modestes. L’objectif à terme est d’aller vers une solution de garde d’enfants jusqu’à 10 ans au moins.
  • S’agissant des transports, Velib’ est un élément de réponse puisqu’il fonctionne 24/24. En octobre, entre 1h et 3h du matin, on compte 45 000 utilisateurs/heure ! La mairie engage des démarches de Plans de déplacement d’entreprises. Enfin, il faut retravailler sur les horaires des personnel à horaires décalés pour les rendre compatibles avec ceux des transports collectifs.


Pour les sortants cette fois, l’étude montre la nécessité de renforcer l’identité nocturne de Paris. L’offre est dispersée, on a du mal à identifier les lieux de vie nocturnes. Pour les jeunes, la nuit est codée et donc difficilement accessible, et chère. Et cela finit par présenter des risques. Les jeunes de 15-17 ans non préparés, soit vont toujours au même endroit, soit se mettent en danger.


Un site interactif sur la nuit est en préparation au sein du site Paris.fr. Un autre projet a été confié à la chambre syndicale pour créer un “pass nuit” avec un plan et une liste de lieux festifs, avec aussi une version numérique. On veut aussi élaborer un vadémécum des jeunes sortants, voire travailler sur un programme d’éducation des jeunes à la nuit.. Il faut aussi aider au développement de lieux alternatifs, qui sortent des sentiers battus et du strictement marchand.


Autre contrainte, la mobilité de nuit. On a avancé sur plusieurs points :

  • L’augmentation des licences de taxi.
  • L’augmentation de fréquence des Noctiliens et des métros, et l’extension des horaires le week end. Le passage du Noctilien au Noctambus s’est immédiatement traduit par une augmentation de fréquentation de plus de 70%. L’écueil est que le bus de nuit est moins lisible que le métro ; il faut travailler à la lisibilité de l’offre, la visibilité des stations, etc., d’autant que les lignes de nuit ne sont pas celles du jour. Ce réseau est par ailleurs séparé entre plusieurs opérateurs (RATP et SNCF), qui eux-mêmes sous-traitent souvent.
  • Le Vélib’…

Enfin, l’espace public reste encore peu propice à la vie la nuit. On travaille sur l’éclairage, sur les toilettes publiques, sur le stationnement… L’ouverture des commerces est encore décidée de manière très empirique et pose des problèmes d’organisation aux actifs, mais la ville de Paris ne prône pas l’ouverture 24/24.
Enfin la nuit est considérée comme peu sûre. Des correspondants de nuit ont été installés, ainsi que d’autres initiatives sur la médiation.

Pour résumer, il faut construire une vision stratégique pour la vie nocturne et fédérer autour d’elle les acteurs publics et privés. Il faut éduquer à la nuit. Et il faut rééquilibrer la vie nocturne, très riche à l’ouest et beaucoup moins à l’est.